Regardez ce pauvre plumitif du « Point », auteur d’un article sur la polygamie. Il s’est fait piéger par un petit rigolo qui s’est fait passer pour une femme africaine polygame. Le jeune homme ne manque pas de talent. Au téléphone, il arrive très bien à imiter la voix haut-perchée d’une femme africaine maitrisant mal le français. Le journaliste du « Point », pressé par un bouclage imminent, se contente de l’interview par téléphone de cette femme qui est en réalité un jeune homme roublard.
Patatras. La crédibilité de l’hebdomadaire est écornée. C’est vraiment dommage car le reste du dossier sur l’immigration est très bien fait et donne des arguments supplémentaires à ceux qui, comme moi, militent pour le comptage ethnique, principe rejeté à la fois par la gauche et par Eric Besson. C’est dire que c’est évidemment une bonne idée.
Le journalisme n’est pas une science exacte (suite). Plongez-vous maintenant dans « Paris-Match » qui consacre sa couverture cette semaine à une Liliane Bettencourt gonflée à bloc. On se demande même si elle ne prend pas les mêmes produits que Delarue ou Contador.
« Paris-Match » ne fait pas les choses à moitié : pas moins de 18 pages (en dehors de la couverture) consacrées à la défense de la milliardaire sourde de Neuilly. Liliane Bettencourt, « une femme libre », proclame le magazine qui prétend nous livrer les « vérités » de l’héritière de l’Oréal.
En dehors d’un édifiant album photographique, le reportage contient une longue interview de Mme Bettencourt réalisée par un certain Arnaud Bizot. Ce sont les très riches heures de Liliane qui matraque sans vergogne sa fille Françoise, celle qui cherche à prouver que la lady est gaga.
Mais dans les « vérités » de Liliane, je remarque surtout ses déclarations sur François-Marie Banier, le pique-assiette le plus brillant de notre époque. Après lui avoir signé au fil des années une montagne de chèques remplis de zéros, Liliane Bettencourt se rend compte que le photographe mondain, très drôle au demeurant, est devenu « hors de prix ». « Arrêtons les frais », décrète Mme Bettencourt devant le journaliste de « Paris-Match ».
Celui-ci se risque à poser une bonne question à propos de Banier : « A-t-il connu votre mari avant vous ? ». Réponse péremptoire de Liliane Bettencourt : « Je n’ai aucun souvenir de cela ». Le journaliste de « Paris-Match » se garde bien d’aller fouiller plus loin.
Et pourtant, tous ceux qui connaissent ce dossier savent bien que Banier est entré dans ce cercle d’abord et avant tout par l’entremise du mari de Liliane, André Bettencourt. La relation entre Banier et M. Bettencourt a été d’une nature beaucoup plus intime que celle de Banier avec Mme Bettencourt. « Je n’ai aucun souvenir de cela », lache aujourd’hui Liliane Bettencourt. Et le reporter de « Paris-Match » ne souhaite pas en savoir davantage.
Le journalisme n’est décidément pas une science exacte.