"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

vendredi 10 septembre 2010

Perfide Albion



Cocorico ! Nicolas Sarkozy fait la « une » de « The Economist » !

Soyons précis, les talonnettes du président figurent sur la couverture de cet hebdomadaire. Après avoir réduit en cendres Jeanne d’Arc, ces maudits Anglais ont osé rétrécir le chef de l’Etat français (« Le président qui rétrécit de manière incroyable », c’est le titre).

Il ne reste plus grand chose de notre président, surtout par rapport à Carla, grande, élancée et intacte. On n’a pas encore coupé la tête de l’Italienne comme on avait coupé la tête de Marie-Antoinette, l’Autrichienne !

Sarkozy disparaît presque totalement sous un chapeau qui semble emprunté à Napoléon. Les Anglais avaient réservé à l’Empereur (également de taille modeste) un sort encore plus cruel...

« The Economist » est probablement l’un des meilleurs magazines publiés dans le monde. C’est un hebdomadaire britannique largement diffusé dans les pays anglo-saxons. Contrairement à ce qu’annonce le titre, les sujets traités dépassent largement l’économie : politique, social, culture, sports. Les articles, très denses et informés, sont écrits dans un style incisif. Grande originalité : les journalistes de « The Economist » sont tous anonymes. Aucune signature nulle part. La question de l’ego, toujours exacerbée dans une rédaction, est réglée.

L’influence de « The Economist » est grande dans les milieux d’affaires et auprès des dirigeants politiques de toute la planète. Une couverture ravageuse dirigée contre la France comme celle de cette semaine fait des dégâts que toute la propagande déversée à l’étranger dans l’indifférence générale par « France 24 » ne pourra jamais réparer.

Cette semaine donc, « The Economist » fait le bilan de l’action de Nicolas Sarkozy depuis trois ans. C’est dévastateur : échec économique, crise sociale autour des retraites, insécurité et magouilles politico-financières.

Pour bien juger le réquisitoire de l’hebdo britannique, il faut savoir que ce même journal avait souhaité l’arrivée de Sarkozy à l’Elysée en 2007. Il incarnait, selon la couverture d'avril 2007 "la chance de la France".

(Remarquez que c'est le même chapeau napoléonien...)

« The Economist » n’est pas un brûlot gauchiste. C’est un journal « libéral », au sens français du terme : pour la libre entreprise, la libre circulation des marchandises, moins d’état, moins de charges, non au protectionnisme. Et justement, le magazine d’outre-Manche est très frustré en constatant que Sarkozy n’a pas du tout appliqué le crédo « libéral » qu’il a brandi pour se faire élire.

Sarkozy, l’homme qui déçoit tout le monde : les siens, la gauche mais aussi les « libéraux » anglo-saxons !

Pour consoler le président français qui déteste qu’on fasse la moindre allusion à ses mensurations, surtout dans le sens de la hauteur, il faut préciser que l’expression « the incredible shrinking... » est un cliché journalistique largement utilisé dans la presse de langue anglaise. L’expression vient du titre d’un film américain de 1957 : « The incredible shrinking man » dont le personnage principal rétrécissait à vue d’œil et finissait par se battre avec des mouches géantes.

Pour Sarkozy, « The Economist » n’a pas oublié dans le titre l’accent, à la française, sur le mot « président ». Mais sans accent, en anglais, on trouve de nombreuses utilisations par la presse de l’expression : « the incredible shrinking president ». C’était le titre d’un édito de « Time magazine » en juillet 1982 à propos du président Bush (le père). Son fils, quelques années plus tard, a eu droit à la même expression sarcastique. Bill Clinton (sous la plume de son ex-ami Dick Morris) a également été accusé de rétrécissement politique. Et, actuellement, c’est Barack Obama qui est très souvent présenté comme un « shrinking president ».

Il n’empêche que si Obama rétrécit au même rythme que Sarkozy, c’est quand même Sarkozy qui disparaitra le premier. Obama a un peu de marge....

jeudi 9 septembre 2010

"Champs Elysées", le retour...


Malgré tous les efforts qu’il déploie chaque dimanche en nous offrant pendant des heures de conversations doucereuses sur fond de canapé rouge, Michel Drucker a compris que la France d’aujourd’hui n’était pas pleinement heureuse.

Michel Drucker est-il en service commandé ? Est-il chargé par les plus hautes instances politiques d’accrocher quelques joyeux lampions dans l’obscurité de la crise, de faire éclater les fameuses "forces de la joie" ? Michel Drucker a décidé en tous cas de frapper fort : il sort la grosse artillerie, la méthode imparable pour faire revenir la félicité dans le pays. Il va tout simplement extraire de la naphtaline son émission culte du samedi soir « Champs Elysées ».

Pour échapper à la morosité, rien de tel qu’un flash-back de presque 30 ans.

Rappelez-vous, « Champs-Elysées », ça commençait par un générique clinquant et interminable tourné de nuit sur la supposée « plus belle avenue du monde ». Ensuite, on arrivait sur le plateau du pavillon Gabriel, en bas de l’avenue. Michel, auréolé de strass et de paillettes, nous présentait dans un rythme endiablé « une pléiade de vedettes ». C’est même là, figurez-vous, que nous avons eu la chance de voir pour la première fois Céline Dion ! C’est vous dire que « Champs Elysées » était incontournable.

« Champs Elysées » apparut en janvier 1982 sur « Antenne 2 ». Il n’y avait alors que trois chaines de télé en France. Canal + ne naîtra que deux ans plus tard.

C’est dans cette France que le retour en 2010 de « Champs Elysées » va nous replonger.

1982. François Mitterrand savait déjà qu’il avait un cancer, quelques mois après son installation à l’Elysée (tout près du pavillon Gabriel de Drucker). Pierre Mauroy, après une débauche de dépenses sociales, prit le tournant de la rigueur. Au cours de l’année, le Franc (ah ! le Franc, c’était si bien le Franc...) fut dévalué de 5,75%. La semaine de travail était de 39 heures et la retraite venait d’être fixée à 60 ans (oui, ça date de cette époque). Le chômage pointait à 6% mais la situation de l’emploi allait rapidement se dégrader.

En 1982, la marque Fuji lança sur le marché le premier appareil photo jetable (argentique bien sûr) Aucun téléphone portable à l’horizon, Internet était encore un système pour spécialistes aux Etats-Unis. Mais en France, les PTT (ça existait encore) lancèrent le Minitel. Cela fait partie des inventions françaises prétendument géniales qui n’ont intéressé personne à part les Français (comme la télé couleurs SECAM et le supersonique Concorde).

C’est vers cette France-là que Drucker gentiment nous reconduit grâce à une salutaire opération nostalgie. En 1982, le monde était beaucoup plus simple. Le mur de Berlin avait encore 7 ans devant lui. Brejnev ne mourrait pas avant la fin de l’année, tout comme Louis Aragon, disparu pendant la nuit de la Saint-Sylvestre.

En 1982, pas encore de vraie mondialisation, pas de délocalisations brutales et massives. Mais déjà l’industrie française sombrait par pans entiers, la sidérurgie en particulier. Les banlieues, comme les Minguettes près de Lyon, étaient déjà agitées. Le gouvernement de Mitterrand ne s’en préoccupait guère. Comme cache-misère, les socialistes au pouvoir lancèrent « SOS Racisme », réceptacle de la bonne conscience de gauche.

En 1982, Nicolas Sarkozy, dans l’ombre, repassait déjà l’écharpe de maire de Neuilly dont il se ceindrait l’année suivante. Et il regardait avec délectation « Champs Elysées », son émission préférée, comme il l’a confié des années plus tard. Son émission préférée car la seconde partie du titre le faisait déjà rêver.

C’était ça 1982. Et c’est cet univers féérique que Michel Drucker va ressusciter pour nous par la magie du petit écran. Par chance beaucoup des chanteurs de l’époque sont encore vivants : Dave, Rika Zaraï, Michel Sardou et évidemment Céline Dion. Des nouveaux sont apparus : Didier Barbelivien, Carla Bruni. Bref, il y a du grain à moudre....

Dommage que Guy Lux soit mort. Il aurait pu nous faire un remake du « Palmarès des Chansons ». C’était pendant les années soixante. L’époque, au cœur des trente glorieuses, était plus légère. Cette nostalgie aurait été plus facile à avaler que celle des années 80.

Mais, par rapport à Guy Lux, la supériorité de Drucker, c’est qu’il est immortel.

mardi 7 septembre 2010

Observatoire de la manif

Je ne comprends pas pourquoi les syndicats et la Préfecture de police, toujours en désaccord sur l’ampleur des cortèges, n’ont jamais songé à faire appel à l’observateur impartial et très bien placé que je suis pour compter les manifestants.

J’ai une spécialité : la Place de la République, épicentre de la manif parisienne, que je domine depuis six ans de mes cinq balcons situés au dernier étage. Mon constat est clair : c’est vraiment la première fois en six ans que je vois autant de monde sur cette place grande comme quatre terrains de football.

Le cortège est parti peu après 14 heures et les derniers manifestants n’avaient pas quitté la République à 18 heures. Quand la mobilisation est faible, je connais la technique syndicale qui consiste à ralentir le rythme du défilé et à espacer les manifestants pour donner l’illusion qu’il s’agit d’un long cortège. Cela est utile quand la manif est un bide. Aujourd’hui, cela n’était vraiment pas nécessaire. Les rangs étaient compacts, la foule très dense, la détermination palpable.

Si les RG lisent ce blog, je leur indique que ce n’était pas une petite manif habituelle. Le peuple était dans la rue. Transmettez à votre hiérarchie !

Evidemment, les slogans préfabriqués, hurlés pendant des heures, sont à côté de la plaque. La réforme des retraites présentée par le gouvernement est maladroite mais nécessaire. La réponse des syndicats est simpliste et passéiste. Nous sommes, une fois encore, dans le dialogue de sourds.

Mais le contexte est défavorable au pouvoir. Comment faire accepter des sacrifices alors que le gouvernement semble se vautrer dans les magouilles et les privilèges ? Comment le ministre du travail, Eric Woerth, pourra-t-il faire passer un texte qui consiste à se serrer la ceinture alors que depuis plusieurs mois son nom est associé à une milliardaire, à des enveloppes de gros billets de banque et à une distribution de Légions d’Honneur ?

Ce que j’ai le plus clairement ressenti dans cette foule, c’est le mépris pour les responsables politiques, pas seulement ceux au pouvoir sans doute.

Peut-être de la haine. En tout cas, pas d’amour, comme en témoigne cette pancarte photographiée boulevard du Temple (qu’on appelait autrefois le boulevard du crime...) :